C’est compliqué, les relations sentimentales, pas vrai ? Comment quelque chose d’aussi naturel, d’aussi normal que l’amour peut-il prendre des formes aussi complexes, provoquer tellement de souffrance ? La façon dont nous interprétons l’amour tel qu’il nous est présenté dans les arts est peut-être un bon point de départ…

Le romanesque « assassin »

Notre imaginaire collectif est rempli de princes charmants qui combattent des dragons pour sauver de belles princesses. De relations d’amour tragiques, impossibles ; de souffrances liées au fait d’aimer. Plus pernicieuse encore, cette notion (souvent) transmise dans des chansons selon laquelle avoir besoin de l’autre est la preuve d’amour par excellence.

Tout cela nous formate inconsciemment. Tout cela influe sur la qualité de nos relations sentimentales. Elles se retrouvent biaisées d’office.

Les petits-garçons-princes devenus hommes cherchent malgré eux une princesse à sauver.

Les petites-filles-princesses attendent sans le savoir ce héros qui ferait tout pour elles. Cet « homme fort dont [elles] serai[ent] la seule faiblesse », comme j’ai pu l’entendre.

Et tout cela baigné de sanglots et de séparations déchirantes, sans lesquels l’histoire n’est pas vraiment d’amour. Hein.

Rien d’étonnant, alors, à ce que des jeunes femmes de ma connaissance s’embarquent dans des relations destructrices. Des relations dans lesquelles elles donnent tout, et reçoivent très peu. Elles jouent à la fois le rôle du petit-prince qui va délivrer l’autre dans sa tour (« sauveur »), celui de la petite-princesse qui désespère qu’on vienne la sauver (« victime ») et qui, petit à petit, commence à lui en vouloir sérieusement, à ce prince en carton (« bourreau ») qui lui a vendu du rêve. Elles sont imprégnées de croyances telles que « l’amour, c’est douloureux » ou « l’amour, ça finit toujours mal ». Elles te citent Roméo et Juliette, ou Buffy et Angel, comme « preuves » que l’amour ne peut aller sans violents déchirements. (… !)

Voilà pourquoi des petits-princes subissent la violence de petites-princesses malheureuses de ce prince « insuffisant » qu’elles ont trouvé ; de cet Amour qui ne les remplit pas.

Voilà pourquoi d’autres se trouvent liés à des princesses fragiles qu’ils n’osent pas lâcher, de crainte qu’elles se brisent.

Certes, de nombreux facteurs entrent en compte dans ces décisions inconscientes. La vision de soi-même. Le manque d’amour-propre. L’image du couple enregistrée (et interprétée) dans l’enfance. La « réalité » observée au cours de leurs jeunes (et influençables) années et qui est devenue « la » vérité : « Quand on s’aime, on se crie dessus, on se déchire ». « Pas de disputes = pas d’amour ». Etc.

Je pense que notre imaginaire commun, né des contes de notre enfance et des lectures de 5e B, est la cause initiale de ces relations insatisfaisantes, douloureuses, faussées. Plus exactement, ce n’est pas l’art qui est en cause, mais notre façon d’interpréter son message.

Le rôle de l’art dans l’évolution spirituelle

L’art — qu’il prenne la forme de roman, de pièce de théâtre ou de chanson — a une double fonction :

  1. nous montrer ce qui est,
  2. et nous faire prendre conscience de ce que nous avons.

Je m’explique.

L’artiste est celui qui dénonce. C’est son rôle. Ses yeux ouverts lui permettent de voir la réalité que d’autres préfèrent fuir, et de la leur « mettre sous le nez ». Bien sûr que les Roméos et Juliettes existent. J’ai vu de mes yeux deux jeunes gens très amoureux l’un de l’autre, qui ne pouvaient pas être ensemble. Pas parce que leurs familles se détestaient, mais parce que l’un était d’origine marocaine, et l’autre tunisienne… (si ; je te jure Betty, c’est vrai.)

Cette réalité mise à plat, que fait-on ? Deux choix :

  1. On reste dans le rôle de victime que la société s’acharne à nous faire rentrer dans la tête ; on se croit condamné à souffrir dès qu’on aime, parce que « toutes les histoires d’amour finissent mal et c’est comme ça »,
  2. On comprend le message de l’artiste, et on décide de faire bouger les choses. On retrouve en soi le pouvoir inhérent de créer notre propre vie.

D’un point de vue spirituel, ces jeunes gens dont je parle se sont trouvés nez à nez avec l’arcane VI du Tarot de Marseille : L’amoureux, ou le choix nécessaire à faire entre tes allégeance, tes traditions, tes habitudes, et l’élan de ton coeur.

Je pense, personnellement, qu’il faut suivre le coeur, surtout quand l’application de règles poussiéreuses peut nuire à ton bonheur.

Si ces deux jeunes gens avaient eu la force, le courage, la « folie » de tenir tête à leurs parents, de s’affirmer comme les individus uniques qu’ils étaient, d’assumer le risque de désaveu paternel et d’affirmer leur amour au grand jour, on ne peut pas savoir s’ils seraient restés ensemble. Cela ne nous appartient pas, pas plus qu’à eux. Néanmoins, je crois que chacun est arrivé dans la vie de l’autre pour l’aider, à ce moment de son histoire, à se choisir, elle/lui, plutôt que de vieilles façons de faire qui nient l’individu au profit de méthodes archaïques censées protéger l’intégrité d’un « clan » fermé. (#lemétissagec’estl’avenir)

Donc, l’art te montre ce qui est, en te demandant « es-tu prêt(e) à [le] changer ? »

Souvenons-nous, quand-même, que les Montaigus et les Capulets tirent une leçon de la tragédie qui s’est jouée sous leur nez. Qu’ils comprennent leur part dans ce qui est arrivé. Là, c’est constructif. Même s’il a fallu un « drame » pour leur ouvrir les yeux.

D’autre part, en te plongeant dans les souffrances d’une autre personne, je pense que l’art a également pour but de te faire prendre conscience de ce qui « va » dans ta vie. T’est-il arrivé, en discutant avec un(e) ami(e), de te dire : « Woah, je me plaignais de mon chat qui vomit sur le canapé / mes enfants / mon conjoint – ma conjointe / ma belle-mère… mais le(s) sien(s), c’est carrément le level au-dessus !! »

Ben ces personnages qui souffrent d’amour sur scène ou dans un film ont en partie la même fonction.

Ils te permettent d’expérimenter

  1. l’empathie, la compassion,
  2. la gratitude, pour ce qui n’est pas « si affreux que ça finalement » dans ton existence.

En aucun cas, dans cette approche, l’art n’est là pour te montrer la vérité absolue et inévitable de la tragédie inhérente à toute relation amoureuse !

En substance, on en revient au vieux choix de base : l’amour ou la peur ? l’unité ou la séparation ?

Est-ce que je fais partie d’un Tout bienveillant, qui s’efforce avec amour et bonté de me présenter des expériences qui me feront grandir, qui m’amèneront à m’aimer assez pour me choisir ?

Ou est-ce que je suis le jouet d’un destin funeste, quoi que je fasse, où que j’aille dans ce monde sans pitié ?…

C’est juste une question de point de vue.

« I need you, baby – baby, I need you »

Quant à cette notion de besoin qu’on nous martèle… Même mes divinités sur pattes, les Beatles, ont contribué à entretenir le mythe. Pourquoi ? Où est la beauté, où est l’amour dans cette image de l’homme dépendant de la femme, de la femme qui dépérit sans son aimé ?

Tu vas me dire, c’est un peu mignon cet homme viril et musclé torse nu qui avoue sa fragilité à travers ce « besoin » de celle à qui on a collé l’étiquette de « sexe faible ». Ouaiff. Ben non, en fait. Un homme, c’est un humain. Même si on lui a martelé depuis l’enfance qu’un garçon, ça ne pleure pas, c’est fort et courageux (ce qui est une magnifique erreur d’éducation, si tu veux mon avis), ben ça reste un être humain avec un coeur tendre, avec des émotions. C’est comme si, par cet aveu de « besoin » de l’autre, on se rendait compte, soudain, qu’il est normal, en fait ! Ah-ah, toi aussi tu peux être faible, alors !

Mais ça, ce n’est pas la faute de l’homme. C’est l’éducation machiste qu’il a reçue. Où l’on revient aux us poussiéreuses, archaïques et limitantes, qu’il serait temps de laisser mourir de leur belle mort.

Aparté : besoin vs. envie

J’aimerais qu’on discute 5 minutes de cette notion de « besoin », au regard de la notion d' »envie ».

  • L’envie vient de l’égo. De ta volonté matérielle, disons, en opposition à la volonté spirituelle. Tu as envie d’une nouvelle robe / d’une nouvelle paire de baskets / d’un nouveau portable… L’acquisition de ce bien te donnera l’occasion d’apporter un petit renouveau dans ta vie.
  • Le besoin vient de l’âme. Il est essentiel et vital. Tu as besoin d’oxygène, de soleil, de rire et d’être heureux(-se).

Donc, quand tu dis « j’ai besoin d’une nouvelle robe », sauf cas où, vraiment, tu n’as plus rien à te mettre parce que les mites ont boulotté l’entièreté de ta penderie, ce n’est pas un besoin, c’est une envie. « J’ai besoin d’un nouveau portable », ça marche si le tien ne fonctionne plus du tout et qu’il est essentiel, pour le bon déroulement de ta vie perso et pro, que tu aies un téléphone tout le temps avec toi (parce que sinon, il y a un truc qu’on utilisait jadis, ça s’appelle un « téléphone fixe ». Aussi.)

La société te crée de faux besoins, qui ne sont au final que des envies. Mais ces envies répondent souvent à un besoin de base : tu as envie d’une nouvelle robe parce que tu as besoin de te trouver jolie ; en fait : de t’aimer. Tu as envie d’un nouveau portable parce que tu as besoin de connexion avec l’autre. Tu as envie de nouveaux gadgets pour apporter un renouveau dans ton existence, parce que tu as besoin de trouver qui tu es.

Etc.

Il est important de faire honnêtement la différence entre tes envies et tes besoins.

Revenons à nos moutons.

Le poids du « besoin »

J’estime que dire à l’autre qu’on a besoin de lui est une triple erreur.

  1. Erreur lexicale, comme on vient de le voir. Tu as envie de lui, de sa peau, sa présence, sa chaleur, de passer du temps avec lui. Déjà.
  2. Quand tu dis à l’autre que tu as besoin de lui, je ne sais pas si tu imagines le poids et la responsabilité que tu lui colles sur le dos. Tu le nommes gardien et garant de ton bonheur, quand-même ! C’est un petit peu lourd à porter. Si ça se trouve il a déjà du mal à se gérer lui-même ; alors, te décharger sur lui… ben… c’est peut-être pas exactement de l’amour mais… de la dépendance.
  3. La vision de toi-même que tu te renvoies quand tu te soumets corps et âme au bon vouloir de l’autre. Tu comprends bien qu’en lui disant « j’ai besoin de toi » (comme on a besoin d’eau, d’oxygène…) tu lui donnes les pleins pouvoirs sur toi ; donc s’il en mésuse, tu ne peux même pas venir te plaindre, c’est toi qui lui as donné les clés du local et l’autorisation de taguer sur les murs. D’autre part, tu te définis comme une personne faible, qui a besoin qu’on veille sur elle, qu’on lui apporte joie, chaleur et amour comme une soupe au lit quand on a de la fièvre.

Ton amoureux(-se) n’est ni Dieu, ni ta mère.

C’est la personne qui est censée faire équipe avec toi dans la vie. Te soutenir quand tu trébuches, comme tu le relèves, toi, quand il tombe. Créer des moments de joie, de plaisir, de partage, dont le souvenir vous nourrit quand le ciel s’assombrit. Etc.

Mais pour que cela fonctionne, chacun doit être entier. Assuré. Fort.

Tu as déjà dû faire un exposé avec le Bras-Kass’ de service qui n’en foutait pas une rame pendant que tu te tapais tout le boulot ?

Ce n’est pas une équipe, ça, tu es d’accord ?

Ben c’est pareil quand tu te reposes entièrement sur l’autre à travers un prétendu « besoin » de lui.

Résolution du problème

Déjà, je t’invite dès aujourd’hui à bannir les mots « j’ai besoin de toi » de ton vocabulaire. Trouve une autre façon d’exprimer ton envie de l’autre. Cette notion de besoin n’a rien de romantique, elle est juste castratrice et destructrice pour ton estime personnelle et pour ta relation de couple.

Reste le problème de fond de la dépendance affective.

Cela ne se guérit pas tout seul, hélas. Même si prendre conscience du problème est déjà aller vers sa résolution, je ne connais pas grand-monde qui se soit levé un matin en déclarant : « Bon, je ne dépends plus de rien ni de personne ! » et qui ait réussi à en faire sa nouvelle réalité.

  • Tu peux choisir une psychanalyse, si tu es dans les méthodes conventionnelles.
  • D’expérience, les soins énergétiques fonctionnent beaucoup plus vite et bien plus efficacement.
  • Lire des ouvrages de spiritualité peut t’aider à prendre conscience du fait que tu vis dans un univers amical et attentif, qui t’apporte tout ce dont tu as besoin, pourvu que tu le lui demandes. Cela implique d’avoir déjà clarifié l’histoire de besoin vs. envie et de demander ce dont tu as besoin derrière l’envie. Retrouver foi en la Source d’Abondance, retrouver sa présence en soi, mettra fin à tout sentiment de « besoin ». All you need, finalement, is Love.
  • Il est également possible qu’il y ait un travail de « coupage de cordon » ou de pardon à faire avec tes parents (ta mère, en particulier). La notion de besoin peut être un reste de l’époque où, bébé, tu dépendais vraiment, physiquement de ta mère (et de ton père) pour survivre.
  • Un travail avec ton enfant intérieur peut t’y aider, aussi. Devenir ton propre parent te montrera que tu es déjà complet(e) et que tu n’as besoin de personne. Cela t’aidera à développer l’amour de toi, sous toutes tes facettes.

Quel que soit ton choix, je t’invite vivement à faire quelque chose.

L’heure est au retour à Soi. Tout nous y pousse actuellement : les choix que nous sommes amenés à faire par rapport au Covid, au vaccin… à nos vies, nos envies, nos besoins.

Se libérer de la croyance selon laquelle nous avons besoin de quelque chose ou quelqu’un d’autre que nous-mêmes pour être heureux est le premier pas vers notre réécriture personnelle. Si on ne fait pas volontairement ce travail, l’Univers se chargera de nous envoyer des raisons de le faire… et c’est pas toujours fun. Même si, au final, ça reste pour notre plus grand bien. Autant prendre toi-même les rênes de ta destinée (Arcane VII du Tarot… celui qui suit l’Amoureux, quoi). Aide-toi… le Ciel t’aidera. ❤️


CRÉDITS :

Photo de couverture par Nick Fewings sur Unsplash